Dans les vignes du Château de Luc, des moutons pour entretenir les espaces embroussaillés et difficiles d’accès

Dans les vignes du Château de Luc, des moutons pour entretenir les espaces embroussaillés et difficiles d’accès

LUC-SUR-ORBIEU : Il existe des scènes champêtres qui donnent l’impression de remonter le temps. Ces jours derniers, bon nombre de Lucquois ont eu le bonheur de redécouvrir sur le territoire local l’installation, certes passagère, d’un très important troupeau de moutons. Un millier de brebis parquées sur plus de sept hectares de champs incultes brouta ainsi dans la nature, sous le regard bienveillant d’un valeureux berger, Ricardo Smimmaro, et desa compagne Céline.

Lui, qui a grandi dans les banlieues grenobloises, a fortuitement rencontré, un « vieux berger ». Les deux hommes se sont liés d’amitié et face à l’intérêt que portait le jeune Grenoblois pour la profession, la complicité champêtre s’installa à tel point que Ricardo décida en 2002 d’acheter son premier troupeau composé de 56 brebis. « J’ai appris sur le tas parmi les grands bergers du Var, de la Haute-Provence, des Alpes-Maritimes ; ces personnages ont un savoir-faire qui ne s’apprend pas dans les livres… » confie-t-il avec une gratitude à toute épreuve. En 2008, les méfaits carnivores du loup relayés par une sécheresse impitoyable, les poussent à quitter les Alpes pour rejoindre l’Aude et plus particulièrement la plaine lézignanaise, où durant des décennies la vigne a régné en maître. Les gardiens de moutons s’adaptent rapidement à leur nouveau milieu, « ici il existe un grand potentiel pour l’élevage, beaucoup de terres en friche ; nous cherchons à louer une bergerie, hélas il n’y a que des bâtisses à vendre… » lâchent-ils avec une frustration difficilement contenue. En effet, le couple Smimmaro élève un énorme troupeau, mais aussi invraisemblable que cela puisse paraître, il ne possède pas de bergerie, cela les oblige en permanence à se déplacer, « à chercher l’herbe » comme ils le déplorent volontiers. La transhumance hivernale d’octobre au mois de mai, puis les inlassables bergers regagnent en été les montagnes du côté de Saint-Lary Soulan. En terre de Corbières où ils errent jusqu’à l’été, il est indispensable, voire vital pour les bêtes, de trouver entre 5 et 7 hectares de pâturage toutes les 48 heures, c’est dire le challenge quotidien auquel sont confrontés les protagonistes. Acheter une bergerie leur impose un conséquent apport financier personnel qui à aujourd’hui leur fait défaut. De plus, les aides financières à l’installation sont étroitement liées à une formation de deux ans que Ricardo refuse et pour cause : « Que font mes bêtes pendant ce temps ; on me préconise de vendre le troupeau, c’est impossible. Mes bêtes sont le fruit d’un travail de sélection depuis 13 ans, elles sont formées à ma main car la brebis a un sacré cerveau… » s’insurge le berger dépité. Une situation affligeante que ce cri du cœur à lui seul résume : « nous sommes à la rue depuis 2002, nous souhaitons simplement trouver un pied à terre pour les bêtes, que l’on soit enfin tranquille…» Et pourtant aujourd’hui plus qu’hier, la présence d’un troupeau se justifie eu égard aux nombreux champs incultes suite à l’arrachage de la vigne. Le pâturage des moutons peut être considéré comme un moyen efficace de restauration de la végétation naturelle. Les troupeaux de moutons sont de formidables « machines » à débroussailler, ils favorisent la biodiversité en maintenant les prairies propres, et donc la faune et la flore ; sans parler de leur impact en ce qui concerne la prévention des départs de feu… Toutefois revenons à notre sujet ou plus prosaïquement « revenons à nos moutons » : et si enfin les brebis parvenaient à trouver un toit ! Ce récit bucolique se transformerait en véritable conte de fée.